Jadin – Bannann

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Serge Harpin

Serge Harpin

Cet article, « BANNANN 1 », est extrait du « Dictionnaire Encyclopédique des technologies Créoles 2 : le jardin créole (Dominique, Guadeloupe, Martinique, Sainte Lucie) » en cours de rédaction de Serge HARPIN. Cet ouvrage est une exploitation lexicographique (qui a trait à la fabrication des dictionnaires) d’une enquête de terrain conçue et coordonnée par l’auteur sur la continuité et les discontinuités lexicales, culturales et culturelles référant au jardin créole de la zone des Petites Antilles Créolophones (Dominique, Guadeloupe, Martinique et Sainte Lucie). Cette enquête réalisée dans le cadre de l’Unité de Recherche de l’AMEP, dirigée par l’auteur, a bénéficié des concours financiers de l’Ambassade de France pour les Petites Antilles, du Fond Interministériel de Coopération (FIC) et de la Région Martinique. Concernant les aspects logistiques et scientifiques un partenariat a été développé avec des associations intéressées par la recherche sur la langue et la culture créoles : Archipel des Sciences de la Guadeloupe, Folk Reseach Center (FRC) de Sainte Lucie, Komité Etid Kréyol (KEK) de la Dominique, l’association Langues et Développement rattachée à l’Université d’Aix-en-Provence. La Chambre d’Agriculture de la Guadeloupe et le Ministère de l’agriculture de Sainte Lucie ont aussi apporté leur aimable concours ; et ce respectivement sur le plan logistique et documentaire. De même quelques personnalités du monde agricole, de la forêt et de la recherche ont ponctuellement conseillé ou aidé : Monsieur AMAURY de la Chambre d’Agriculture de la Martinique, Madame BAJ-STROBEL, anthropologue, Madame H.BARON et Monsieur E.MARIE-SAINTE du Centre Technique de la Canne et du Sucre (CTCS), Monsieur le Directeur du CIRAD-Fruit de la Martinique, Monsieur TANASIE de l’ONF.

Les recherches d’étymologie ont été conduites par le Professeur R.CHAUDENSON de Langues et Développement ; L.DEGRAS, généticien, ancien Directeur de l’INRA et Président d’Archipel des Sciences s’est chargé des équivalences latines et de l’élaboration après missions sur le terrain, des dossiers- plans de jardins et d’une note synthétique et contrastive pour l’ensemble de ces plans.

Les Enquêtes à la Dominique étaient sous la responsabilité de M.FONTAINE du KEK ; à Sainte Lucie elles étaient sous la responsabilité de K. JEAN-PIERRE du FRC. A.-M GELANOR et N. LAROUE ont enquêté en Martinique. En Guadeloupe c’est B. JACOBY-KOALY de la Chambre d’Agriculture de la Guadeloupe qui préparait les enquêtes en Grande-Terre ; ses collègues R. CORNEILLE et R. SEYMOUR ont pris le relais respectivement dans le Nord et le Sud de la Basse-Terre. S. HARPIN a coordonné et mené régulièrement des enquêtes sur les quatre îles concernées.

BANNANN (1) n., fr. banane, mot d’origine bantou « banana », (Musa spp), angl. Banana and plantain, GUAD, cour., GT/BT, MART, cour., N/S. Le terme désigne dans un sens générique emprunté au français et d’expansion récente, le fruit d’une herbe arbustive de la famille des Musacées originaire du sud-est asiatique et introduit dès le début de la colonisation aux Antilles. Les bannann (1) se présentent disposés par rangées groupées (pat/lanmin) et superposées autour d’un axe ou rachis (1 à 5m selon la variété) recourbé vers le sol et se terminant à la base par une inflorescence violette ou brun rougeâtre, caduque ou persistante (lonbri). La plante, le bananier, est aussi nommée bannann (1) ou « pié-bannann »(pied de banane).

Bannan

Bannann

On distingue dans les Petites Antilles créolophones (Dominique, Guadeloupe, Martinique, Sainte Lucie) sans pour autant le verbaliser, les « bananiers textiles » (fig-kod/fig-mao) et les « bananiers alimentaires » (bannann (2) et fig). Les premiers ont aujourd’hui quasiment disparu des jardins créoles. Les seconds, du fait de leur grande valeur alimentaire (ce sont des amylacés), sont des composants de base de ce jardin, comme d’ailleurs les ignames (yanm/ziyanm), les choux de chine (danma/dachine/madè), les choux caraïbes (chou/malanga), les patates douces (patat), les pois et haricots (pwa, ariko). Les bannann (1) sont des espèces pérennes qui occupent quelques fois – notamment en Guadeloupe et en Martinique)- en association ou non avec d’autres espèces pérennes (danma/dachine/madè, chou/malanga), pluriannuelles (kristofine), annuelles (oberjine/milongèn, gonbo/gonmbo/gronbo, jomou) et/ou à cycle court (pwa/ariko, tomat, mayi/mi) les intervalles des rangs (ran/line/liy/rennblak) d’ignames. Ils peuvent aussi être dispersés dans tout le jardin – très souvent en association avec les cocotiers (koko) en Dominique et à Sainte Lucie- pour constituer des zones de culture ombragée pour d’autres espèces. On les plante aussi épisodiquement, dans le sud de la Dominique, en lisière (liziè/bayè) ou en bordure de jardin (bôdaj-jadin), ou, plus fréquemment, particulièrement en Guadeloupe et en Martinique, en touffe (touf). Les agriculteurs dominiquais, guadeloupéens, martiniquais et sainte luciens aiment bien aussi cultiver leurs bananes en petites parcelles monoculturales (planté-pa-kô-y) en association avec d’autres parcelles, par exemple d’ignames (yanm/ziyanm), de choux caraïbes (chou/malanga), de choux de chine (dachine/danma/madè), de patates douces (patat), d’ananas (zannanna). La parcelle (môso/piès/bitasion/tcho/parsièl) peut être de rapport – pour l’exportation ; ce qui n’interdit pas, pour rentabiliser au maximum les potentialités du sol et éviter le développement des mauvaises herbes, de cultiver, comme le font beaucoup, sous les bananiers (« anba bannann-an) des choux caraïbes (chou/malanga) et/ou des choux de chine (dachine/danma/madè) pour l’approvisionnement du marché local et pour l’autosubsistance.

Dans tous les cas, la banane est plantée (planté/mété-an-tè) de préférence trois à sept jours après la pleine lune (twa-jou-apré-laline/twa-jou-laline, sèt-jou-apré-laline/sèt-jou-laline), en début de période pluvieuse (livènaj) sur un sol bien aéré en profondeur (tè-sabrèz/tè-fine) ; ce qui justifie la technique du trou (tou-bannann), lequel trou est préparé un mois ou plus à l’avance : la terre de surface et celle du fond sont ainsi consciencieusement séparées et le trou rempli de terreau (téro) et de fumier (fimié) en attendant la plantation. Le moment venu, le rejet (richton) qui sert de plant (plan), puisque le fruit du bananier ne donne pas de graines (il est parthenocarpique), est mis en place (plasé). Ce rejet prélevé sur une plante-mère est « habillé » (abiyé) avant d’être mis en terre. Le trou est ensuite comblé avec un mélange de terre de surface (krinm-tè-a/krèm-a-tè), de fumier (fimié) et éventuellement de sel (sèl/langré/gwano/gwanno). La récolte se fera environ un an plus tard. On peut aussi laisser se développer naturellement les rejets (richton). On obtient ainsi, après deux ou trois ans, une belle touffe de bananiers (touf-bannnann). Outre leur utilisation « textile » et alimentaire, les bannann (1) ont aussi pour certains une fonction décorative : une touffe de bananiers à côté de la maison d’habitation, au plus près de la cuisine, ajoute l’agréable à l’utile. Il y a également un emploi rituel des feuilles et des fruits : les feuilles vertes sont utilisées – notamment en Guadeloupe et en Martinique- pour disposer les repas cérémoniels des fêtes des communautés d’origine hindoue (bondié-kouli) ou pour apprêter – comme en Martinique- certains repas traditionnels (tranpaj) d’ailleurs à base de « bananes de table » mûres (fig-mi). Les feuilles sèches servent traditionnellement à recouvrir, pendant la cuisson, le boudin créole. Certaines variétés de bananes (tonton-bannann) étaient, il y a peu encore, consommées à l’occasion des premières communions, baptêmes ou mariages à Sainte Lucie. On continue par ailleurs en Martinique, ceci depuis que les étudiants inscrits dans les universités de l’hexagone et en vacances au pays l’ont institué il y a environ trente cinq ans, à consommer dans les soirées dansantes et dans certaines grandes manifestation publiques le populaire « ti-nin-lanmori » – « bananes de table » verte (fig-vèt) cuites avec de la morue salée et séchée- pour marquer symboliquement son enracinement identitaire.

Parallèlement à ces différents usages, les bannann (1) sont, certes beaucoup moins aujourd’hui dans les îles les plus urbanisées, utilisés à des fins médicinales : les feuilles de certaines variétés sont indiquées en infusion comme « rafraîchis » et le pseudo tronc en début de décomposition est recommandé en cataplasme contre les hémorragies en Martinique ; l’eau de cuisson des jeunes bananes cueillies avant terme est réputée être efficace contre la fièvre et les troubles intestinaux à Sainte Lucie et le jus de cœur de bananier est considéré comme un puissant dépuratif dans cette même île ; le latex des fruits verts soulage, dit-on en Martinique, les rages de dent. Ceci étant, les bannann (1) sont classés en Martinique et en Guadeloupe dans la catégorie des aliments dit froids, comme les avocats (Zaboka), les concombres (konkonm), les « prunes de Cythère » (prine-sitè/ponm-sitè), certaines variétés de mangue (mang/mango) et les maniocs (manyok/kasav). Les aliments « froids »sont formellement déconseillés lorsque après un effort physique la température du corps s’est élevée au point de provoquer la transpiration. Les bannann (1), comme le maïs (mayi/mi) et le manioc (manyok/kasav), sont l’une des principales plantes alimentaires qui lient les Petites Antilles créolophones au continent latino-américain. Les bananes sont consommées très fréquemment dans ces îles, surtout en zone rurale. Elles sont, soit bouillies à l’eau (fig-vèt, bannann (2)) et servies en légume, soit « rôti », c’est-à-dire grillées (fig, bannann (2) en Dominique et à Sainte Lucie), ou préparées en beignets (les bannann-jône en Martinique) lorsqu’elles sont mûres, pour être servies en dessert ou comme friandises. Les bananes de table mûres et fraîches sont aussi très appréciées le matin au petit-déjeuner (fig, gro-michel/makandia, balaroz/fig-roz) et en dessert le midi (fig-pom, fig-sikré/fig-sikriyé). Les bananes se préparent aussi de manière plus moderne en Guadeloupe et en Martinique en frites (bannann-kalédoni) ou en gratin (bannann-jône/bannann-kréyol), et dans les restaurants de toutes les îles « flambées » au rhum au dessert lorsqu’elle sont mûres (fig/pôyô).

3 Commentaires

Krazy  on juin 3rd, 2009

Lecture très intéressante !

J’attends avec impatience que le bouquin soit disponible.

Kalebarkab  on juin 9th, 2009

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Daisy  on mars 5th, 2010

Bonjour, j’orrais besoin d’un renseignement pour une recherche dans un cadre scolaire. Nous sommes un groupe de 4, nous faisons des recherche sur les plantes médicinales de la Guadeloupe, et nous aimerions avoir un peu d’aide. On voudrais savoir si on pourra venir (au jardin créole) pour vous posez des questions a ce sujet. Merci de nous répondre sur l’adresse suivante:
twins-girl97137@hotmail.fr

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