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JADIN

JADIN, n, ¯du fr. jardin, mot d’origine francique « gard » ou « gardo » ¯angl., creole garden ¯fr., jardin créole ¯Guad., tr. cour., GT/ BT ¯Sainte-L., tr. cour., N/S ¯Domin., cour., S/ ¯Mart., tr. cour., N/S u


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Le terme renvoyait au début de la colonisation à toute parcelle de culture à base alimentaire. Il réfère aujourd’hui, dans un sens plus restreint, à un système traditionnel d’association de cultures, à base vivrière, orienté vers l’autoconsommation ; le surplus étant réservé au marché intérieur.

n Ce système traditionnel d’association peut réunir un très grand nombre d’espèces et de variétés sur une même surface, généralement modeste voire très modeste, et, exception faite de la région de Grande-Terre en Guadeloupe, souvent accidentée (tè-an-dépant/tè-a-pik, tè-môné). Tous les cycles végétatifs (pérennes, annuels, pluriannuels, courts) sont combinés pour assurer une production continue sur l’année ; ce qui réduit le développement des mauvaises herbes par une couverture relativement fréquente. ¯Il y a peu d’associations sans culture principale. La forme mère du jadin, « l’ichali » – système agro forestier de subsistance des Kalinaos, était à dominante de manioc (maniok/manyok/kasav). Les cultures secondaires associées étaient le plus souvent le maïs (mayi/mi), la patate douce (patat), le chou caraïbe/malanga (chou/malanga), l’igname cousse-couche (kouch-kouch/kous-kous), le coton (koton), le piment (piman), le tabac (tabak). L’ensemble était organisé en structure étagée. Les jardins les plus traditionnels des Petites Antilles créolophones ont gardé ce profil étagé et l’essentiel des composants de « l’ichali ». D’autres espèces et variétés d’origine africaine et asiatique, introduites dès le début de la colonisation, ont été très tôt naturalisées et intégrées à ce fonds amérindien. Ce sont notamment les ignames de type « D. alata » (anba-bon/babawlé/bandja/bokodji, sin-vinsan/yanm-rouj, pakala, télémak/yanm-chopin…), de type « D .rotundata cayenensis » (gôs-kay/portugèz/yanm-antwenn/ladiz-yanm, yanm-dji/yanm-jône/yanm-matwitan/zianm-jône, ti-giné/yanm-djinin/yanm-anglé, yanm-poul/zianm-poul…) et de la famille des « D. esculenta » (choukoune/kouch-kouch-dou/pa-posib) et des « D. bulbifera » (adô/koko-bourik/koko-poul). Ce sont aussi intégrés au fond amérindien les bananes (bannann) et les choux de chine/madères (dachine/madè). L’arbre à pain (bwapin/fouyapin/friyapin/yanm-pin) sera introduit au cours des XVIIè, XVIIIè et XIX siècle. Les éléments de cette collection végétale riche et complexe sont installés le plus souvent dans le jardin en fonction de la fréquence d’utilisation, de l’espace disponible, de l’ensoleillement nécessaire, de la compatibilité culturale des espèces et des variétés et aussi des références culturelles du cultivateur. Certains placent en lisière, pour compléter cet ensemble, qui laisse au profane une impression de fouillis, quelques plants (plan) de légume graine (ariko/pwa) ou/et de légume tige (malobi/toloman) ou/et de légume fruit (goud/kalbas-dou /pitennga, lonj/kalbas-dou-long) ou/et de légume feuille (gosèy/grosèy/lozèy/sirèl) ou encore quelques condimentaires (piman). Il arrive, particulièrement en Dominique et à Sainte-Lucie, qu’une protection contre les mauvais sorts soit assurée en entrée de jardin par les pois d’angol/pois de bois (pwa-dangol/pwa-dibwa/pwa-nwèl) et/ou le croton (Codiaeum variegatum), une plante ornementale qui sert de haie pour les maisons d’habitation, particulièrement en Guadeloupe et en Martinique. Quelques-uns en Martinique, notamment dans le Sud Atlantique, utilisent plutôt le manioc à tige bleue (manniok-blé/manniok-bra-blé). En Guadeloupe, on cite le « mapou rouj » ou « bwa rap »(Cordia sebestana L.). On peut aussi trouver en limite de terrain (bout-a-tè/bout-tè), en queue (bonda-a-jadin/bonda-jadin/bout-anba-tè/latché-tè), en bordure de ravine (bodaj-ravine) ou encore en contrebas de jardin (anba-téras), des arbres à pain et d’autre arbres fruitiers (bri, chadek, chapoti, korosol/kôrôsôl/kôsol, mango, prine-sitè/pom-sitè) ou aromatiques (bwadenn, kannel, miskad). Ils donnent l’ombre nécessaire à certains plants, et, ont bien souvent, outre leur avantage alimentaire et médicinal, une fonction de stabilisateur de terrain et de coupe-vent (barè-van). ¯On trouve aussi des associations moins complexes organisées autour d’une culture principale, très généralement l’igname (yanm/ziyanm) et, quelquefois, surtout à la Dominique et à Sainte-Lucie, la banane (bannann 2, fig). L’association autour d’une base« igname » s’organise le plus souvent comme suit : on plante d’abord des lignes ou rangs d’ignames tuteurés (planté-an-line/planté an liy/planté-an-rennblak/planté-an-ran/planté an wan), puis on intercale entre les fosses (bik/fos/tou-bonbé) des cultures secondaires à cycles échelonnés, le plus souvent des choux caraïbe/malanga (chou/malanga), des choux de chine/madères (danma/dachine/madè), des giromons (jomou/jonmou/jronmou), des gombos (gonbo/gonmbo/gronbo), du maïs (mayi/mi) et des haricots (pwa/ariko). En bordure de jardin (bodaj-jadin) on aménage quelquefois une plage (bitasion/môso/parsièl/piès/tcho) de patates douces (patat), de bananes (bannann), de cannes (kann) ou de maraîcher (lédjim/léjim). Les associations avec une base « banane » ont, particulièrement à la Dominique et à Sainte-Lucie, un profil vertical très net, qui se présente schématiquement ainsi: bananes (bannann) sous cocotier (koko/pié-koko) ; chou caraïbe/malanga (chou/malanga) sous bananes ; concombres (konkonm) ou giromon (jomou/jonmou/jronmou) rampant au sol. ¯Quel que soit le type d’association, simple ou complexe, la mise en place des plants est déterminée le plus souvent par la nature du sol (tè), la situation géographique du terrain, la lunaison (dékou/doukou), la longueur des jours (jou-kout, jou-long), les saisons (karenm, livènaj) et certains mois jugés plus propices ou contre indiqués (mwa-davril. Le travail s’effectue manuellement à l’aide d’outils traditionnels (zouti) et les amendements sont de nature calcaire (lacho), animale (fimié), ou/et végétale (téraj, fatrasaj). Les mélanges de végétaux et de fumier (téro) sont aussi utilisés. Le jardin créole au sens strict a en définitive les caractères d’un jardin biologique qui mobilise des savoirs botaniques, écologiques et culturaux tout en restant soumis, aujourd’hui encore, à un univers de rituels (Kôné-bokodji/Konnin-yanm, lasotè) et de croyances magico religieuses (kont, pou). La hiérarchie des valeurs (du plus commun au plus recherché) et les préparations culinaires des produits cultivés varient sensiblement d’une île à l’autre.

On dit dans toutes les îles créolophones jadin bô-kay. On verbalise ainsi la proximité du jardin créole avec la maison d’habitation et le caractère familial de l’exploitation. Le jadin-bô-kay est en filiation directe avec le jardin des esclaves d’avant les remembrements des « cases à nègres ». On parle aussi dans le Sud de la Dominique et dans les autres Petites Antilles créolophones, de jadin-an-bwa/bitié lorsque celui-ci est situé en forêt. Le jadin-an-bwa est réalisé de préférence en pleine forêt pour se mettre à l’abri du regard des propriétaires des terrains, en l’occurrence les pouvoirs publics ou les grands propriétaires terriens. Le jadin-an-bwa peut également résulter de concessions domaniales, plus ou moins officialisées ou issues d’accord tacite. On use aussi en Dominique et à Sainte-Lucie du terme de jadin-karinm pour signifier la saisonnalité des cultures ; une saisonnalité suffisamment marquée pendant la période chaude et sèche de Carême (karinm) pour justifier cette dénomination particulière. L’expression ti-jadin, très courante en Martinique, moins ailleurs, insiste sur le côté souvent étriqué des terrains mis en culture. Deux autres dénominations, en usage spécialement en Martinique, Jadin-kérol et jadin-karayib, rappellent, respectivement, le caractère natif du jardin créole dans les Petites Antilles et sa très proche parenté avec « l’ichali » caraïbe.uLa pression de l’économie de marché a fait naître une tendance à la modernisation du jardin créole traditionnel, inégalement suivie d’une île à l’autre et dans chaque île. Elle s’accompagne, pour ceux qui s’y inscrivent, d’une orientation principalement ou exclusivement marchande. La mécanisation de la préparation du sol, le recours à l’engrais et aux produits phytosanitaires, le choix d’associations très limitées ou plus radicalement de la monoculture en parcelles (bitasion/parsièl/tcho) ou sur des grandes surfaces (gran-jadin/gran-tcho), sont les indicateurs les plus pertinents du degré de mutation du traditionnel et de son intégration dans l’économie formelle ; étant entendu que les formes intermédiaires sont multiples et variées. Les agriculteurs des Petites Antilles continuent pour autant à employer, dans un sens forcément plus relâché et plus générique, le mot jadin pour nommer ces formes modernes de l’agriculture antillaise.

­ Rédigé avec l’amicale collaboration de Lucien DEGRAS

Jardins Créoles et Collectifs – Un apport Patrimonial, Sanitaire et Social?

Un séminaire destiné à encourager et formaliser  le développement des jardins Créoles et Collectifs en Martinique est prévu le 18 décembre 2009. Ce séminaire est destiné aux élus et techniciens des communes de la Martinique en charge de l’urbanisme et de l’environnement, aux bailleurs sociaux, ainsi qu’a des spécialistes de la nutrition et de la santé.

La multiplication des témoignages d’expériences réussies en Guadeloupe et en Martinique concernant les Jardins Créoles, ainsi que les échanges d’expérience avec la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs ont donné suffisamment  de matière pour que soit organisé un séminaire, destiné en priorité aux collectivités et aux bailleurs sociaux.

De l’avis de tous les « Jardiniers » Créoles ou Collectifs, il y a un avantage évident à créér et à cultiver une parcelle de jardin. Malheureusement, tous les élus et techniciens n’en sont pas forcément convaincus, et , même si ils prônent les vertus d’une alimentation riche en fruits ét légumes, n’encouragent que timidement la culture du Jardin.  Quelques uns pensent même que trop développer les jardins aura un impact négatif sensible sur l’agriculture locale.

Nous pensons que réunir « Jardiniers », politiques, sociologues, spécialistes de la santé et agriculteurs au cours d’un séminaire pourra permettre à tout un chacun d’exprimer ses convictions, ses doutes, ses craintes et ses espoirs, et de repartir enrichi d’expériences, de techniques et de témoignages.

L’objectif premier du séminaire sera de montrer la plus-value des Jardins Créoles, des Jardins collectifs, des Jardins Familiaux, Jardins Ouvriers et Jardins Partagés, dans les domaines de la Santé, de la Cohésion sociale et familiale,  et du patrimoine local.

Le second objectif sera de définir une méthodologie de développement applicable à l’ensemble des communes et particulièrement dans les cités à habitat collectif.

Suite à ce premier séminaire, un guide pratique  sera publié et diffusé aux collectivités, bailleurs sociaux et associations de quartier.

Toute personne ayant une expérience dans ce domaine et désirant communiquer sous forme de témoignage, d’article ou d’animation d’un des thèmes du séminaire est invitée à se faire connaitre avant le 05 décembre 2009 et à le  faire savoir au comité scientifique, organisateur du séminaire. Toutes les bonnes volontés sont bienvenues afin d’inciter à une véritable impulsion des Jardins Créoles et Collectifs.

Les thèmes traités seront les suivants:

  • Jardins Créoles, familiaux, collectifs : typologie, histoire et rôle
  • Jardinage et activité physique
  • Fruits et légumes du jardin dans l’alimentation
  • Agriculture vivrière de subsistance : un complément dans le budget alimentation des familles
  • Jardin créole, le jardin familial, le jardin collectif : espace d’échange intergénérationnel et de cohésion sociale et familiale
  • La contribution des jardins à la préservation des sols arables
  • La gestion de la pollution dans les jardins
  • Ou et comment Implanter des jardins familiaux et collectifs dans un contexte de réduction du foncier ?
  • Techniques de culture dans un jardin familial ; que planter, quand, comment ?
  • Cultures sur sols contaminés par la chlordecone
  • Créer un jardin collectif :
  • Jardins d’Insertion : passerelle pour des jeunes ?
  • Actions communales pour encourager la création de Jardins
  • Jardins écologiques: l’eau, des déchets et les solutions alternatives aux pesticides

Vous pouvez nous contacter par mail à l’adresse jardinscreolesetfamiliaux@gmail.com pour toutes questions.

SEVE

Jadin – Bannann

Serge Harpin

Serge Harpin

Cet article, « BANNANN 1 », est extrait du « Dictionnaire Encyclopédique des technologies Créoles 2 : le jardin créole (Dominique, Guadeloupe, Martinique, Sainte Lucie) » en cours de rédaction de Serge HARPIN. Cet ouvrage est une exploitation lexicographique (qui a trait à la fabrication des dictionnaires) d’une enquête de terrain conçue et coordonnée par l’auteur sur la continuité et les discontinuités lexicales, culturales et culturelles référant au jardin créole de la zone des Petites Antilles Créolophones (Dominique, Guadeloupe, Martinique et Sainte Lucie). Cette enquête réalisée dans le cadre de l’Unité de Recherche de l’AMEP, dirigée par l’auteur, a bénéficié des concours financiers de l’Ambassade de France pour les Petites Antilles, du Fond Interministériel de Coopération (FIC) et de la Région Martinique. Concernant les aspects logistiques et scientifiques un partenariat a été développé avec des associations intéressées par la recherche sur la langue et la culture créoles : Archipel des Sciences de la Guadeloupe, Folk Reseach Center (FRC) de Sainte Lucie, Komité Etid Kréyol (KEK) de la Dominique, l’association Langues et Développement rattachée à l’Université d’Aix-en-Provence. La Chambre d’Agriculture de la Guadeloupe et le Ministère de l’agriculture de Sainte Lucie ont aussi apporté leur aimable concours ; et ce respectivement sur le plan logistique et documentaire. De même quelques personnalités du monde agricole, de la forêt et de la recherche ont ponctuellement conseillé ou aidé : Monsieur AMAURY de la Chambre d’Agriculture de la Martinique, Madame BAJ-STROBEL, anthropologue, Madame H.BARON et Monsieur E.MARIE-SAINTE du Centre Technique de la Canne et du Sucre (CTCS), Monsieur le Directeur du CIRAD-Fruit de la Martinique, Monsieur TANASIE de l’ONF.

Les recherches d’étymologie ont été conduites par le Professeur R.CHAUDENSON de Langues et Développement ; L.DEGRAS, généticien, ancien Directeur de l’INRA et Président d’Archipel des Sciences s’est chargé des équivalences latines et de l’élaboration après missions sur le terrain, des dossiers- plans de jardins et d’une note synthétique et contrastive pour l’ensemble de ces plans.

Les Enquêtes à la Dominique étaient sous la responsabilité de M.FONTAINE du KEK ; à Sainte Lucie elles étaient sous la responsabilité de K. JEAN-PIERRE du FRC. A.-M GELANOR et N. LAROUE ont enquêté en Martinique. En Guadeloupe c’est B. JACOBY-KOALY de la Chambre d’Agriculture de la Guadeloupe qui préparait les enquêtes en Grande-Terre ; ses collègues R. CORNEILLE et R. SEYMOUR ont pris le relais respectivement dans le Nord et le Sud de la Basse-Terre. S. HARPIN a coordonné et mené régulièrement des enquêtes sur les quatre îles concernées.

BANNANN (1) n., fr. banane, mot d’origine bantou « banana », (Musa spp), angl. Banana and plantain, GUAD, cour., GT/BT, MART, cour., N/S. Le terme désigne dans un sens générique emprunté au français et d’expansion récente, le fruit d’une herbe arbustive de la famille des Musacées originaire du sud-est asiatique et introduit dès le début de la colonisation aux Antilles. Les bannann (1) se présentent disposés par rangées groupées (pat/lanmin) et superposées autour d’un axe ou rachis (1 à 5m selon la variété) recourbé vers le sol et se terminant à la base par une inflorescence violette ou brun rougeâtre, caduque ou persistante (lonbri). La plante, le bananier, est aussi nommée bannann (1) ou « pié-bannann »(pied de banane).

Bannan

Bannann

On distingue dans les Petites Antilles créolophones (Dominique, Guadeloupe, Martinique, Sainte Lucie) sans pour autant le verbaliser, les « bananiers textiles » (fig-kod/fig-mao) et les « bananiers alimentaires » (bannann (2) et fig). Les premiers ont aujourd’hui quasiment disparu des jardins créoles. Les seconds, du fait de leur grande valeur alimentaire (ce sont des amylacés), sont des composants de base de ce jardin, comme d’ailleurs les ignames (yanm/ziyanm), les choux de chine (danma/dachine/madè), les choux caraïbes (chou/malanga), les patates douces (patat), les pois et haricots (pwa, ariko). Les bannann (1) sont des espèces pérennes qui occupent quelques fois – notamment en Guadeloupe et en Martinique)- en association ou non avec d’autres espèces pérennes (danma/dachine/madè, chou/malanga), pluriannuelles (kristofine), annuelles (oberjine/milongèn, gonbo/gonmbo/gronbo, jomou) et/ou à cycle court (pwa/ariko, tomat, mayi/mi) les intervalles des rangs (ran/line/liy/rennblak) d’ignames. Ils peuvent aussi être dispersés dans tout le jardin – très souvent en association avec les cocotiers (koko) en Dominique et à Sainte Lucie- pour constituer des zones de culture ombragée pour d’autres espèces. On les plante aussi épisodiquement, dans le sud de la Dominique, en lisière (liziè/bayè) ou en bordure de jardin (bôdaj-jadin), ou, plus fréquemment, particulièrement en Guadeloupe et en Martinique, en touffe (touf). Les agriculteurs dominiquais, guadeloupéens, martiniquais et sainte luciens aiment bien aussi cultiver leurs bananes en petites parcelles monoculturales (planté-pa-kô-y) en association avec d’autres parcelles, par exemple d’ignames (yanm/ziyanm), de choux caraïbes (chou/malanga), de choux de chine (dachine/danma/madè), de patates douces (patat), d’ananas (zannanna). La parcelle (môso/piès/bitasion/tcho/parsièl) peut être de rapport – pour l’exportation ; ce qui n’interdit pas, pour rentabiliser au maximum les potentialités du sol et éviter le développement des mauvaises herbes, de cultiver, comme le font beaucoup, sous les bananiers (« anba bannann-an) des choux caraïbes (chou/malanga) et/ou des choux de chine (dachine/danma/madè) pour l’approvisionnement du marché local et pour l’autosubsistance.

Dans tous les cas, la banane est plantée (planté/mété-an-tè) de préférence trois à sept jours après la pleine lune (twa-jou-apré-laline/twa-jou-laline, sèt-jou-apré-laline/sèt-jou-laline), en début de période pluvieuse (livènaj) sur un sol bien aéré en profondeur (tè-sabrèz/tè-fine) ; ce qui justifie la technique du trou (tou-bannann), lequel trou est préparé un mois ou plus à l’avance : la terre de surface et celle du fond sont ainsi consciencieusement séparées et le trou rempli de terreau (téro) et de fumier (fimié) en attendant la plantation. Le moment venu, le rejet (richton) qui sert de plant (plan), puisque le fruit du bananier ne donne pas de graines (il est parthenocarpique), est mis en place (plasé). Ce rejet prélevé sur une plante-mère est « habillé » (abiyé) avant d’être mis en terre. Le trou est ensuite comblé avec un mélange de terre de surface (krinm-tè-a/krèm-a-tè), de fumier (fimié) et éventuellement de sel (sèl/langré/gwano/gwanno). La récolte se fera environ un an plus tard. On peut aussi laisser se développer naturellement les rejets (richton). On obtient ainsi, après deux ou trois ans, une belle touffe de bananiers (touf-bannnann). Outre leur utilisation « textile » et alimentaire, les bannann (1) ont aussi pour certains une fonction décorative : une touffe de bananiers à côté de la maison d’habitation, au plus près de la cuisine, ajoute l’agréable à l’utile. Il y a également un emploi rituel des feuilles et des fruits : les feuilles vertes sont utilisées – notamment en Guadeloupe et en Martinique- pour disposer les repas cérémoniels des fêtes des communautés d’origine hindoue (bondié-kouli) ou pour apprêter – comme en Martinique- certains repas traditionnels (tranpaj) d’ailleurs à base de « bananes de table » mûres (fig-mi). Les feuilles sèches servent traditionnellement à recouvrir, pendant la cuisson, le boudin créole. Certaines variétés de bananes (tonton-bannann) étaient, il y a peu encore, consommées à l’occasion des premières communions, baptêmes ou mariages à Sainte Lucie. On continue par ailleurs en Martinique, ceci depuis que les étudiants inscrits dans les universités de l’hexagone et en vacances au pays l’ont institué il y a environ trente cinq ans, à consommer dans les soirées dansantes et dans certaines grandes manifestation publiques le populaire « ti-nin-lanmori » – « bananes de table » verte (fig-vèt) cuites avec de la morue salée et séchée- pour marquer symboliquement son enracinement identitaire.

Parallèlement à ces différents usages, les bannann (1) sont, certes beaucoup moins aujourd’hui dans les îles les plus urbanisées, utilisés à des fins médicinales : les feuilles de certaines variétés sont indiquées en infusion comme « rafraîchis » et le pseudo tronc en début de décomposition est recommandé en cataplasme contre les hémorragies en Martinique ; l’eau de cuisson des jeunes bananes cueillies avant terme est réputée être efficace contre la fièvre et les troubles intestinaux à Sainte Lucie et le jus de cœur de bananier est considéré comme un puissant dépuratif dans cette même île ; le latex des fruits verts soulage, dit-on en Martinique, les rages de dent. Ceci étant, les bannann (1) sont classés en Martinique et en Guadeloupe dans la catégorie des aliments dit froids, comme les avocats (Zaboka), les concombres (konkonm), les « prunes de Cythère » (prine-sitè/ponm-sitè), certaines variétés de mangue (mang/mango) et les maniocs (manyok/kasav). Les aliments « froids »sont formellement déconseillés lorsque après un effort physique la température du corps s’est élevée au point de provoquer la transpiration. Les bannann (1), comme le maïs (mayi/mi) et le manioc (manyok/kasav), sont l’une des principales plantes alimentaires qui lient les Petites Antilles créolophones au continent latino-américain. Les bananes sont consommées très fréquemment dans ces îles, surtout en zone rurale. Elles sont, soit bouillies à l’eau (fig-vèt, bannann (2)) et servies en légume, soit « rôti », c’est-à-dire grillées (fig, bannann (2) en Dominique et à Sainte Lucie), ou préparées en beignets (les bannann-jône en Martinique) lorsqu’elles sont mûres, pour être servies en dessert ou comme friandises. Les bananes de table mûres et fraîches sont aussi très appréciées le matin au petit-déjeuner (fig, gro-michel/makandia, balaroz/fig-roz) et en dessert le midi (fig-pom, fig-sikré/fig-sikriyé). Les bananes se préparent aussi de manière plus moderne en Guadeloupe et en Martinique en frites (bannann-kalédoni) ou en gratin (bannann-jône/bannann-kréyol), et dans les restaurants de toutes les îles « flambées » au rhum au dessert lorsqu’elle sont mûres (fig/pôyô).

Les 8 règles du Jardin Créole

Revenir aux fondamentaux d’une culture saine en tenant compte de ces quelques conseils :

-         Ne pas utiliser les produits chimiques de synthèse qui se révèlent néfastes pour les sols, les eaux, donc pour la santé,

-         Les produits biologiques doivent être utilisés avec prudence car ils modifient l’équilibre naturel,

-         Les pucerons peuvent être éliminés grâce à de l’eau savonneuse ou de purin de plantes (orties, ails, etc…),

-         La fabrication de compost est vivement conseillé pour amender le sol mais permet surtout de recycler les déchets végétaux et de limiter la quantité d’ordure ménagère,

-         L’association des plantes et la rotation des cultures conduits à des résultats très intéressants,

-         Le paillage des plates-bandes et l’arrosage des plantes au pied permettent de limiter l’évaporation,

-         Il convient de récupérer les eaux de pluie dans des cuves pour bénéficier d’un arrosage de meilleure qualité

-         Bien choisir l’emplacement des plantes dans le jardin pour pouvoir économiser les soins

Philippe Verdol monte au créneau dans France Antilles

Philippe Verdol est maitre de conférence à l’Université des Antilles Guyane. Il signe un ouvrage qui traite du scandale du Chloredécone.
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La génèse

L’idée d’un blog sur le jardin créole nous est venue bien avant la crise sociale qui a touché principalement la Guadeloupe et la Martinique. En effet, depuis le mois d’août 2008 l’idée couvait.

Le Jardin Créole se veut un lien d’échange, un lieu sur le net pour s’exprimer sur l’utilité de faire vivre les produits de chez nous.

Le meilleur moyen de progresser et ce quelque soit le domaine c’est d’échanger les expériences et les vécus.

Les îles françaises des Caraïbes sont issues des mêmes évolutions en ce qui concerne le travail de la terre.

Le jardin créole est un sujet qui a déjà été abordé par un certain nombre de spécialistes dans le cadre d’étude ou d’ouvrages. Nous reviendrons sur les ressources disponibles sur notre blog.

Nous souhaitons que notre blog permette la réalisation de deux objectifs :
- offrir aux passionnés du jardin créole un espace de confrontation d’expériences
- Développer le jardin créole en tant qu’activité économique dans le sens du renforcement du lien social.

Nous sommes ouverts à vos réflexions et vous pouvez d’ors et déjà réagir.

A propos de souveraineté alimentaire…

Michel Barnier: « il faut favoriser la production locale aux Antilles ».

Un “très gros travail” doit être fait dans l’agriculture et la pêche aux Antilles pour recréer “une souveraineté alimentaire” et favoriser la production locale, a déclaré vendredi le ministre de l’Agriculture et de la Pêche Michel Barnier.

Interrogé sur France 2, M. Barnier a cité l’exemple de la Guadeloupe où “plus de la moitié du boeuf” consommé est importée tandis que le taux passe à 95% pour les volailles.

“Il n’y a pas eu suffisamment de soutien à la production locale”, a reconnu M. Barnier qui évoque également “la facilité d’importer”. “Nous allons construire et reconstruire des filières”, a-t-il ajouté.

Il a évoqué aussi la Réunion qui a connu le même problème que les Antilles en important l’essentiel de sa viande. “On a créé un pôle viande avec le soutien de l’Union européenne, des collectivités locales et de l’Etat français et l’on a retrouvé de la souveraineté alimentaire”, a-t-il affirmé.
Voila une idée qui pourrait faire réfléchir ceux qui ont en charge le développement de la Guadeloupe.

Quelques mots sur la Souveraineté Alimentaire
La souveraineté alimentaire est un concept développé et présenté pour la première fois par Via Campesina lors du Sommet de l’alimentation organisé par la FAO à Rome en 1996 [1]. Il a depuis été repris et précisé par les altermondialistes lors des différents Forums Sociaux Mondiaux.

La souveraineté alimentaire est présentée comme un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu’elles puissent avoir un impact négatif sur les populations d’autres pays. La souveraineté alimentaire est donc une rupture par rapport à l’organisation actuelle des marchés agricoles mise en œuvre par l’OMC.

Complémentaire du concept de sécurité alimentaire qui concerne la quantité d’aliments disponibles, l’accès des populations à ceux-ci, l’utilisation biologique des aliments et la problématique de la prévention et gestion des crises, la souveraineté alimentaire accorde en plus une importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments. Elle prône un accès plus équitable à la terre pour les paysans pauvres, au moyen si nécessaire d’une réforme agraire et de mécanismes de sécurisation des droits d’usage du foncier.

Au niveau local, la souveraineté alimentaire favorise le maintien d’une agriculture de proximité destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Les cultures vivrières et l’agriculture familiale de petite échelle doivent être favorisées, du fait de leur plus grande efficacité économique, sociale et environnementale, comparée à l’agriculture industrielle et les plantations de grande échelle où travaillent de nombreux salariés. La place et le rôle des femmes sont privilégiés.

La souveraineté alimentaire privilégie des techniques agricoles qui favorisent l’autonomie des paysans. Elle est donc favorable à l’agriculture biologique et à l’agriculture paysanne. Elle refuse l’utilisation des plantes transgéniques en agriculture.

Il s’agit aujourd’hui de creuser cette piste pour la revalorisation d’une agriculture de proximité afin de nous permettre d’être moins dépendant des importateurs.

Wikipedia